Cela fait seulement cinq ans que je milite au Mouvement des jeunes socialistes, mais devant l’effervescence que suscite le prochain congrès, je juge important aujourd’hui de te donner mon avis, aussi subjectif soit-il. Je n’ai jamais adhéré et apporté mon soutien à un courant interne et ce n’est pas cette année que j’ai l’intention de commencer, mon point de vue restera donc détaché des luttes partisanes de sensibilités, et ce, malgré mon désaccord profond et ma sévérité avec les modes d’actions et de pensées actuels.
Tirer les leçons des limites présentes
Il y a des jours où je manque de m’arracher les cheveux devant des interventions, discours… qui présentent des propos taillés à l’emporte-pièce. J’ai déjà du mal à comprendre pourquoi la notion de « FrançAfrique » revient en permanence sur le tapis depuis vingt ans alors qu’il s’agit là d’une problématique facile, inutile, de plus en plus décalée chronologiquement et qui constitue une perte de temps et d’énergie. Mais la question coloniale ne s’arrête pas là avec l’apparition de critiques sur le rôle ou la non-intervention de la S.F.I.O. en Algérie. Ce serait se méprendre pourtant de croire à une question opposant gentils et méchants. La réalité de la décolonisation sur ce territoire est assurément plus complexe et mérite une analyse détachée de la facilité démagogique que j’observe. L’avenir ne se prépare pas dans la dénonciation aride du passé, mais bien dans les enseignements que l’on fait par une remise en contexte, et une projection de ceux-ci. C’est à cette condition que les références historiques actuellement employées peuvent être utilisées. Si tant est qu’elles puissent répondre aux exigences des jeunes européens que tu devras représenter.
Car c’est bien autour de la représentation que le bât blesse. Si l’on regarde certaines campagnes passées, force est de constater que le résultat n’est pas là. Par exemple, la problématique de l’attestation de contrôle d’identité a cristallisé les attaques et moyens en décalage total avec la réalité militante et les problématiques spécifiques à chaque territoire. Tu t’en doutes, payer une cotisation pour voir l’argent du mouvement dépensé vainement n’est pas ce qui m’a poussé à adhérer. Je n’entrerai pas dans les détails cette campagne, ni même sur la pétition Rise-up, je te dis une chose, c’est que j’aurais aimé ne pas avoir à militer à reculons dans certains cas, voire à ne pas militer du tout…
Penser la remise en cause permanente pour assurer pérennité
A y réfléchir, on peut se demander que et qui représente vraiment le Mouvement des jeunes socialistes. Une visibilité médiatique et de terrain assez limitée tout comme le nombre d’adhérents, une absence d’identité, un décalage avec la jeunesse dans son ensemble… voilà ce qui me vient à l’esprit. Ca n’est d’ailleurs pas la conception de la lutte contre l’extrême-droite que nous pouvons observer actuellement, qui va arranger mon point de vue. « Démasquons le Front-National » est-il écrit, clamé et brandi. Voilà une vision bien unilatérale de l’action politique, comme si la mise en accusation se suffisait comme dans les luttes de la fin du siècle précédent. Le peu de fond des tracts distribués et affiches collées est manifeste et grossier. Si Marine Le Pen et les extrêmes parviennent à recueillir suffrages et opinions favorables de manière de plus en plus importante, c’est que justement les partis de gouvernements et leurs soutiens n’ont pas su faire un indispensable et durable travail de proximité et de sincérité vis-à-vis de l’opinion publique. Là où l’efficacité est nulle, je vois du dédouanement par rapport aux responsabilités et un report des problèmes. Le courage politique eut-été d’accepter de sortir d’un modèle de militantisme rassis, lequel est concentré sur l’action ponctuelle, la communication superficielle et la non-acceptation de ses propres limites.
Pourquoi finalement ne pas considérer le Mouvement des jeunes socialistes comme ce qu’il est, une association régie par la loi Waldeck-Rousseau de juillet 1901 ?
Les libertés accordées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle avaient pour but de favoriser l’immission citoyenne dans la vie publique. Militant associatif depuis l’âge de 14 ans, je conçois avant tout mon adhésion au M.J.S. comme la traduction d’une volonté de partager et d'apprendre. Interdépendance, intersubjectivité… qu’importent les mots, l’essentiel est que tu comprennes que ce qui fonde le Mouvement est avant tout axé autour des idées de partage, d’écoute, de fédération et de proposition. L’action doit par conséquent tendre vers l’éducation populaire et le travail dans l’abnégation partisane.
Parce que nous représentons TOUS les jeunes, nous ne pouvons pas nous cantonner à des luttes restreintes, aussi, des actions semblables aux « Etats-généraux de la jeunesse » ou à « Cités en mouvement » n’ont de sens que si elles sont détachées du temps électoral et inscrites durablement. Là est une des choses sur lesquelles il te faudra travailler pour casser l’image élitiste qui colle aux jeunes socialistes et donner du poids et du contenu aux propositions que tu porteras, et les militants avec. Par ailleurs, la non-professionnalisation de la vie politique étant au cœur de ce que nous défendons, j’aimerai que tu considères le M.J.S. avec cela en mémoire et en application. Le passage d’une responsabilité dans le mouvement à un cabinet, un emploi… n’est pas obligatoirement choquant à la seule et unique condition qu’il ne soit pas norme et dessein.
Je rajouterai à cela, la nécessaire implication des fédérations. Sans revenir sur l’adéquation des campagnes avec les exigences de chaque département il apparaît important que les communiqués nationaux qui abordent des sujets locaux soient discutés avec les fédérations potentiellement concernées. La distance spatiale et la non-connaissance ont en effet parfois été bien peu prises en compte…
Soyons fiers de ce qui nous unit
Tu appartiens probablement à un courant interne au Mouvement des jeunes socialistes ; cela ne doit pas te faire oublier qu’avant cette appartenance, tu es socialiste au même titre que l’ensemble des membres du Mouvement. Il y a des divergences et c’est normal dans toute famille politique, mais nous avons des valeurs en commun qui expliquent l’adhésion de chacun. Les discours à la jeunesse ne manquent pas, pour définir ce qui nous rassemble, chez Jean Jaurès, Léon Blum, Pierre Mendès-France… Sans les citer, je crois que mettre en pratique le désintérêt, la modestie, le sens des réalités et l’acceptation de la pluralité, c’est ça le socialisme. Nous avons l’indépendance de pensée inhérente à l’idée de liberté qu’avait Epictète, assumons cette chance que d’autres mouvements de jeunesse n’ont pas. Je compte sur toi pour cela !
W.
NB : A celles et ceux qui suivent régulièrement le blog, je précise que cet article n’est nullement synonyme de reprise régulière de l’activité. Quelques mois seront nécessaires pour cela

