Partager l'article ! Le nord/ouest de la ville achève sa mue !: Deux ans après l'ouverture au public de la nouvelle passerelle piétonne de la gare ...
Deux ans après l'ouverture au public de la nouvelle passerelle piétonne de la gare de La Roche-sur-Yon, il convient de faire un point sur la transformation progressive mais certaine d'un des quartiers historiques de la ville.
Depuis le 6 février 2010, la passerelle de Bernard Tschumi
et Hugh Dutton a imprimé sa marque dans le paysage yonnais. Décriée – on le sait – pour son coût et sa
pertinence, l'ouvrage d'art est désormais familier des yonnais et reconnu au niveau international avec l'obtention en 2011 du premier prix au « Condé Nast traveller’s innovation and
design award », un concours d'architecture, face à des édifices construits à Dubaï, Shanghai, Valence
…
La construction de la nouvelle passerelle marque le lancement de la dernière étape du processus de requalification d'un vaste territoire urbain qu'est la zone regroupant les quartiers de la gare, Branly, Forges, Leclerc, Réaumur, Zola …
Ayant été une frontière physique et sociale pendant plus de 130 ans, la voie ferrée est désormais l'élément qui unit des quartiers aux origines différentes.
A l'est du chemin de fer était le quartier cossu et décisionnel de la ville, à l'ouest, se trouvaient les industries et l'habitat ouvrier. La morphologie urbaine actuelle nous renseigne sur ce passé pas si lointain avec d'un côté, des hôtels particuliers, des propriétés arborées, des institutions commerciales et de l'autre, des maisons basses et sobres, des jardins potagers et des friches industrielles.
Le quartier des marchandises (Ouest) accueillait dans les années 30' pas moins de 400 cheminots sans compter les ouvriers des usines, minoteries, abattoirs, conserveries du boulevard Leclerc. C'est là qu'en 1929 sont apparus les premiers HBM (Habitat Bon Marché) de La Roche-sur-Yon. Ce n'est pas par hasard si le développement des grands ensembles des années 60'/70' s'est fait au cœur de cette zone. A l'opposé, le quartier vitrine de la ville se développait avec toujours plus d’éclectisme architectural et de vitalité commerciale.
Quartiers des Forges et Jean-Yole (archives municipales de LR/Y)
En regardant la composition des deux quartiers, on comprend la réalité de cette muraille entre deux mondes, deux modes de vie opposés. Cette balafre dans le paysage urbain qu'est la voie ferrée restera jusqu'à très récemment une séparation hermétique.
« Des ponts, pas des murs » c'est le slogan qui pourrait définir le travail effectué depuis plus de dix ans par la ville et ses partenaires autour du cordon ferroviaire. Il y avait en effet un mur qui fermait l'emprise de RFF, il a été démoli et la ville respire a nouveau devant ce nouvel horizon visuel qui s'offre à elle.
La reconversion progressive des friches industrielles en lieux d'habitats diversifiés, la rénovation des voiries et la modernisation des équipements publics de part et d'autre de la voie ferrée ont contribué à abolir des différences et à développer la mixité sociale.
Christophe Girard, l'adjoint à la culture au maire de Paris, écrivait le 23 janvier dernier, qu'il fallait « Réenchanter nos villes ». Là est le fondement même de tout projet urbain réussi !
L'ancien conseiller politique de Ségolène Royal écrit « L'architecture urbaine doit être au service de ses habitants, non l'inverse. », cette motivation est la même que celle des urbanistes des Lumières qui, au XVIIIe siècle revendiquaient un modèle de ville idéale faite pour l'Homme.
N'ayons pas peur de dire que face à la crise, face à la morosité ambiante, face à la mort de notre modèle social, la réappropriation de l'espace public par la population dans son intégralité est le meilleur des remèdes. N'ayons pas peur de bousculer les lignes pour créer des moyens de bien-être, de lien social et de diversité.
Alors même que la rénovation urbaine des quartiers populaires de la ville qui concerne 10% des yonnais et que la refonte du parvis de la gare débutent, les effets des chantiers achevés sont perceptibles au quotidien avec des circulations facilitées, un commerce de proximité conforté et un habitat densifié. Les 600 familles qui se sont installées dans la ZAC-Zola et dans la nouvelle gendarmerie sont la preuve de ce nouveau dynamisme et de la perte du rôle ségrégationniste de la voie ferrée qui devient une véritable colonne vertébrale.
L'ouverture des espaces urbains les uns par rapport aux autres a été le principe du travail effectué depuis 10 ans, il s'agit maintenant d'accentuer les liens par la rénovation urbaine, l'implantation de commerces et la mise en place d'activités tertiaires.
Quels défis pour demain ?
Au delà des travaux prog
rammés à moyen
terme, la reconversion de deux sites anciens doit permettre l'amélioration du dynamisme urbain dans un soucis de préservation du patrimoine.
L'ancienne gare des marchandises, occupée actuellement par la SERNAM doit constituer le point d’attraction du Boulevard Leclerc. Ce lieu chargé d'histoire où se trouve le tronçon restant de l'ancienne passerelle doit être rendu aux habitants.
Les bâtiments de l'IUFM du Boulevard Louis-Blanc doivent, après le déménagement (ou la suppression ...) de cette institution prévu en 2014, constituer un lien entre le futur pôle d'affaires de la gare et le quartier du Sacré-Cœur. Le projet « Pentagone 2020 » prévoit de reverdir ce quartier et de créer des liaisons naturelles. Le bloc occupé par l'IUFM doit être la pierre angulaire d'un aménagement structurant du quartier.
Bien loin des divergences politiques habituelles, l'intelligence collective au service de la population a permis et permettra de revaloriser un territoire urbain autrefois malmené qui deviendra demain une locomotive essentielle au développement de La Roche-sur-Yon.
Un point sur les projets :
Tous les projets sont intimement liés, mais il me paraît nécessaire de les diviser en catégories pas forcément exhaustives pour mieux les appréhender ;
Le stade Desgranges et ses abords : Le stade historique de La Roche-sur-Yon a connu entre 2003 et 2004 d'importants changements. Les équipements existants ont été modernisés et rénovés, une tribune de 4500 places a été greffée. La création d'un terrain synthétique en 2007 a permis de dynamiser encore plus cet équipement sportif de qualité. Le réaménagement du stade s'est accompagné d'une requalification du boulevard Réaumur avec plateau surélevé et zone 30.
En 2011, la ville a acté en Conseil Municipal l'achat de propriétés voisines afin de requalifier l'entrée du stade.
La nouvelle gendarmerie : La reconversion du site occupé autrefois par les abattoirs du Groupement des Éleveurs Vendéens a permis la création d'un édifice public moderne engendrant l'hébergement d'un nombre important de familles de militaires. Cette opération qui s'est achevée en 2007 a libéré des surfaces foncières notamment dans le centre-ville et au niveau du Collège Haxo.
Anciens abattoirs du boulevard Leclerc (Archives municipales de LR/Y)
La Zac Zola : Le projet consiste à reconvertir 13 hectares de friches RFF en un quartier composé de logements de tous types (maisons individuelles, immeubles de taille moyenne), le tout agrémenté d'une végétation abondante. A ce jour, deux tranches sont terminées, la dernière est en cours. L’aménagement du square Schoelcher et du chemin du Corps de garde sont imminents.
Le franchissement des voies ferrées : L'établissement de communications inter-quartiers passe par l'amélioration du franchissement du chemin
de fer. La suppression définitive du passage à niveau des Forges en 2006 et le percement d'un axe souterrain ont permis de favoriser les liens entre deux parties de la ville. Cet aménagement,
accompagné de deux passages spécifiques aux piétons, cyclistes et Pe
rsonnes à Mobilité Réduite a fait disparaître une séparation pluridécennale. L'ouverture de la passerelle piétonne et de la place Leclerc en
2010 ont marqué l’achèvement du programme de franchissement des voies. La réorganisation de la circulation s'est accompagnée de la création d'une placette déversant des commerces de proximité à
l'extrémité du boulevard Louis-Blanc. En prolongement de ce dernier, le boulevard Denis Papin a été percé, créant une nouvelle liaison avec le quartier Jean-Yole.
Du côté de l'îlot Leclerc Bacqua : En 2005, un bâtiment moderne a été construit sur une ancienne friche afin d'accueillir les services de la Direction Départementale de l'Agriculture et des Forêts, la Direction Départementale des Services Vétérinaires … Cette construction s'est poursuivie par la livraison en 2007 de l'immeuble HQE Bacqua/Leclerc comprenant des logements, des locaux commerciaux et une crèche.
Le pôle d'échanges multimodal (PEM) : Le projet de pôle d'échanges multimodal s'articule autour d'un regroupement des moyens de transports à proximité d'un seul lieu qu'est la gare ferroviaire. L'objectif est de créer un centre dynamique ayant un rôle d'entrée de ville. Les nouvelles exigences environnementales sont au cœur de ce projet où les transports en commun et moyens de déplacement doux ont toute leur place. Le programme de construction d'une nouvelle passerelle piétonne et de la place Leclerc s'inscrit d'ailleurs totalement dans le projet car il permet une meilleure répartition des flux sur la ville.
Le récent réaménagement de la gare a permis de moderniser un bâtiment qui ne répondait plus aux besoins importants liés notamment à l'arrivée du TGV en 2008. Ces travaux ont rendu le bâtiment accessible aux personnes à mobilité réduite tout en permettant aux cyclistes de pouvoir jongler entre transports publics et vélo grâce à un garage sécurisé. La refonte du parvis, de la rue Manuel, et d'une partie du boulevard Louis-Blanc va permettre une meilleure desserte de ce pôle qui est voué à devenir le pivot des réseaux de transports déservant l'ensemble du département. La future gare routière pour les lignes régulières sera adjointe dans deux ans à la gare ferroviaire afin de favoriser d'avantage l'utilisation des transports.
Programmes immobiliers du boulevard Louis-Blanc : En 2009, 22 logements sociaux ont été construits. Ce programme permet l’installation de familles et de jeunes dans le quartier ainsi que le développement de la mixité sociale.
L'année 2011 a vu la restructuration de l'immeuble situé au sud de la place Honoré d'Estienne-d'Orves (parvis de la gare). Ces travaux ont permis de libérer les locaux de la SNCF afin de permettre la construction du futur centre d'affaire de 25000m2.
En effet, dans le cadre du plan « Pentagone 2006, 2020 », le cabinet Action a proposé la création d'un pôle tertiaire au niveau des friches RFF/CAVAC s'étendant du parvis de la gare à la rue Auguste Brunet. La première tranche de ce programme a été lancée il y a un an par le groupe rennais Giboire et comprendra fin 2012 10000 m2 de bureaux, dont le futur siège départemental de la CAF qui, avec l'URSSAF (qui déménagera aux Bazinières) va quitter son siège de la rue de la Marne en libérant ainsi de la surface foncière utile au développement du centre-ville de La Roche-sur-Yon. Un hôtel doit également se greffer au projet actuel.
La rénovation urbaine dans les quartiers nords : Plus de 6000 yonnais – soit 10% de la population municipale – voient depuis 2009 leurs quartiers poursuivre leur métamorphose grâce aux 90 millions d'euros débloqués par l’État et les collectivités. Dans cette zone urbaine sensible de 95 hectares où la crise touch e plus qu'ailleurs, les espaces et bâtiments publics vont connaître une véritable transformation, de même que les logements qui vont être reconstruits ou rénovés. Il ne s'agit pas d'un programme de ravalement de façades et d'installation de bacs à fleurs, nous avons là un projet sur 5 ans associant les habitants grâce à des réunions publiques et à 50000 heures de travail réservées.
Le boulevard Eylau, le centre commer cial de La Garenne, l'écol e des Pyramides … furent les prémices des ch angements à venir. Dans les chantiers p révus, nous pouvons citer la construction de nouveaux logements à Branly, le réaménagement des voiries (rue Champollion, rue d'Aizenay, boulevard Branly, rue Gutemberg …), la rénovation de la maison de quartier et de l'école Jean Yole...
La création de nouvelles liaisons douces et une meilleure répartition du logement social sur la ville favorisent le développement de la mixité et l'uniformisation du tissu urbain avec le rapprochement entre les quartiers nords et l'hypercentre. La création d'un pôle commercial de proximité et la rénovation du centre-commercial au niveau du rond-point Edison vont permettre également de renforcer le dynamisme et la vie du quartier des Forges.
Quelques compléments :
-Dossier de presse sur la rénovation urbaine
- « Réenchanter » nos villes par Christophe Girard
Sauf mentions contraires, les photos sont de moi. Les images de synthèse et plans proviennent de Vendée Habitat, du Groupe Giboire et de la ville de La Roche-sur-Yon