Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 15:00

 

La première semaine de janvier, la sainte Pucelle d'Orléans, égérie de la résistance au méchant envahisseur, muse de partis politiques en mal de symboles … était l'objet de toutes les convoitises à droite. Les sphères sarkozystes et lepennistes ont tout fait pour récupérer le mythe d'une France combative, résistante … Une héroïne visiblement contemporaine si on pense au jeu des marchés financiers et à la concurrence des pays émergents...

Dans un discours pompeux à souhait, rédigé par un logographe visiblement très inspiré, le chef de l’État parvient – par des contorsions inimaginables – à nous parler de Jeanne la pieuse, Jeanne la royaliste, ou encore de Jeanne la laïque (!). En effet, la partie la plus curieuse du discours de Domrémy est celle où il nous est dit – pour justifier la mise en place d'une commémoration d’État ce 6 janvier 2012 – que la très républicaine Jeanne d'Arc est en plus une héroïne internationale.

 

Un des éléments qui sont discutables est une valorisation des voix divines et une référence aux « racines chrétiennes de la France », Nicolas Sarkozy va ainsi à l'encontre de la neutralité religieuse de l’État (pour quelqu'un qui a mis en place l'interdiction du port de signes religieux dans les espaces publics…) et bafoue de surcroît la loi 1905 qui constitue un des fondements de notre république.

 

Il convient de se demander en quoi le fétichisme d'une figure comme Jeanne d'Arc est utile à la France étant donné que notre héritage politique et sociétal est lié au siècle des Lumières et à la Révolution Française. Le sens d'un tel culte est peut-être à chercher du côté des fins électorales avec une certaine « TF1nisation » d'un symbole historique.

 

Jeanne, c’est : « La France dans ce qu’elle a de plus singulier », « l'incarnation des plus belles vertus françaises, du patriotisme »,« le symbole de notre unité » …

Nicolas Sarkozy répond avec de tels phrases, au jeu du Front-National et des partis souverainistes. Et pour cause, l'idéal frontiste et royaliste consiste en une occultation du symbole révolutionnaire et républicain qu'est Marianne au profit d'une Jeanne d'Arc post-soixantehuitarde représentative d'un nationalisme exacerbé et de la nostalgie d'une France qui a définitivement été enterrée à l'aube des années 70'.

Par son Histoire et ses valeurs, Marianne est un symbole à la portée européenne et internationale là où Jeanne d'Arc est considérée par l'extrême droite comme étant la représentation d'une France une et indivisible ne légiférant pas avec le concours d'autres pays (Précisons que le 6 janvier au soir, Nicolas Sarkozy recevait Mario Monti à l’Élysée pour parler Europe …).

 

Aucun des symboles officiels de la République française ne fait l'objet d'un culte aussi important de la part du chef de l’État !

Pour preuve, le 2 avril 2011, Christine Boutin avait déjà fait une révélation extraordinaire à ses militants en parlant de propos tenus en 2007 par Nicolas Sarkozy : « Je dois même avouer ici, avoir versé quelques larmes lors du discours [...]de Rouen sur Jeanne d’Arc ».

 

Parmi les autres signes de dévotion à la pucelle d'Orléans, on pouvait lire sur le compte Twitter de Bruno Retailleau : « Anniversaire de J D'Arc: un pays sans mémoire est un pays sans projet. Dans la mondialisation l'identité est un plus. ».

 

Le fameux retour de l'identité française, élément majeur d'une nation fraternelle, indivisible et supérieure depuis la nuit des temps. C'est bien ce qu'a du comprendre Claude Guéant ce 4 février lors d'un colloque de l'UNI pour déclarer : « Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas ». Il y aurait donc une hiérarchie des civilisations et, selon les dires des soutiens du ministre de l’Intérieur, la civilisation française et occidentale serait au sommet de cette nomenclature. Avec une parité en berne et un reniement de fautes graves liées à l'Algérie notamment, les autorités françaises ne sont pas forcément les mieux placées pour donner des leçons.

Quant aux propos du député martiniquais Serge Letchimy, ils ne sont nullement abusifs et irréalistes puisque la provocation de Monsieur Guéant nous ramène à un classement douteux qui a déjà fait ses preuves, au XVIIe siècle pour justifier la Traite négrière, plus tard, la colonisation et encore plus loin dans le temps, les affreuses théories d'Alfred Rosenberg.

 

Mais à quoi correspond vraiment cette civilisation française ? A quoi correspond la culture unique défendue notamment par Marine Le Pen ?

 

Pour beaucoup, la France c'est la Gaule, ses habitants sont les gaulois et ont tous le même sang.

Le tempérament gaulois, c'est ça qui unit les forces vives de notre patrie. Quand Marine le Pen et Christine Boutin, vocifèrent des menaces pour obtenir les 500 signatures, c'est normal ! Quand Philippe de Villiers fait une scène devant les journalistes et élus, c'est normal ! Cette force de caractère émane directement de nos ancêtres communs. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la présidente du Parti Chrétien-Démocrate a déclaré une énième fois en janvier ;« La France, ce sont les gaulois ».

 

-Quid des quelques 110 peuplades antiques différentes qui composent une nation « unie » ?

-Quid d'une langue française héritière du bassin méditerranéen alors que les dialectes celtes parlés en Gaule sont plutôt d'origine anglo-saxonne ?

-Quid de cette France « fille aînée de l'église » alors que les gaulois pratiquaient une religion polythéiste celte sans lien avec le christianisme monothéiste méditerranéen ?

-Quid de notre système numéral et mathématique hérité des pays arabes ?

-Quid d'un héritage culturel majoritairement gréco-romain et marqué par les invasions de peuples originaires de toute l'Eurasie ?

 

Il me paraît pertinent de demander à Madame Boutin et à ses acolytes si il est nécessaire de brûler les églises et les écoles étant-donné que ce sont des lieux non-conformes à l'identité française. Comme Charles de Gaulle et sa bombinette, celle qui menaçait de sortir son arme atomique (La France a peur …) nous joue le jeu du nationalisme et de la crainte d'une perte d'identité en faisant fi d'une certaine réalité historique et culturelle (il faut bien trouver matière à s'occuper en attendant de pouvoir repartir en croisade contre l'affreux Hellfest, temple de la débauche, de l'impiété et du blasphème.).

 

Conflit autour d'un hymne ;

 

On entend régulièrement des voix s'élever autour de l'importance de notre hymne national. D'un côté les fanatiques franco-français qui brandissent La Marseillaise comme le chant de la résistance à la mondialisation et à la perte d'identité ; de l'autre, les gauchistes primitifs qui crient au scandale en voyant ce texte ignoble incitant à la haine. Certains n'ont visiblement pas encore compris que notre hymne national ne se cantonne pas à un couplet et à un refrain de stade de foot.

Il serait intéressant que Marine Le Pen – qui souhaite faire chanter leur hymne à tous les petits français – apprenne les 14 couplets qui composent La Marseillaise. En effet, dans ce texte que personne ne connaît, certains passages expriment des idées à l'opposé de celles défendues par le Front-National (c'est d'ailleurs ce qu'expliquent Edgar Morin et Stephane Hessel dans Le chemin de l'espérance).

Bien loin d'un plaidoyer nationaliste appelant à un repli sur soi, La Marseillaise est un chant portant un message méprisant clairement les régimes féodaux royaux et expliquant l’objectif des batailles qu'est la mise en place de régimes démocratiques dans le monde entier. On pourrait croire que notre hymne est une apologie de la violence, mais certains vers nous montrent que l'usage des armes est perçu comme une nécessité plutôt qu'un souhait (le vocabulaire assez cru du XVIIIe siècle a néanmoins tendance à masquer le message du texte).

 

Quelques extraits et explications :

 

Cinquième couplet  :

 

Français, en guerriers magnanimes

Portons ou retenons nous coups!

Épargnons ces tristes victimes,

A regret, s'armant contre nous!

A regret, s'armant contre nous!

Mais ce despote sanguinaire

Mais ces complices de Bouillé!

Tous ces tigres qui, sans pitié,

Déchirent le sein de leur mère

 

Second couplet des enfants :

 

Enfants, que l'Honneur, la Patrie

Fassent l'objet de tous nos vœux !

Ayons toujours l'âme nourrie

Des feux qu'ils inspirent tous deux.

Des feux qu'ils inspirent tous deux.

Soyons unis ! Tout est possible ;

Nos vils ennemis tomberont,

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible :

Aux armes, citoyens ! Etc.

 

Ces deux couplets nous renseignent sur le fondement même des guerres liées à la Révolution. Il s'agit de ne pas effectuer des conflits de conquêtes, mais bien de contrer les régimes politiques qui menacent grandement la démocratie naissante (on retrouve des idées semblables dans les guerres napoléoniennes). Le couplet n°5 est particulièrement marquant de la retenue et de l'humanité dont doivent faire preuve les soldats français. Quant au second couplet des enfants – qui marque la fin de La Marseillaise –, il exprime l'obligation et non le choix de faire la guerre. Les vers « Alors les Français cesseront de chanter ce refrain terrible » font référence au refrain que nous connaissons tous, avec l'expression très claire du souhait d'en finir avec les armes le plus tôt possible. On est donc bien loin du texte haineux décrit par certains et de la défiance vis à vis des autres pays défendue par d'autres.

 

Neuvième couplet :

 

La France que l'Europe admire

A reconquis la Liberté

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l'Égalité ;

Sous les lois de l'Égalité ;

Un jour son image chérie

S'étendra sur tout l'univers.

Peuples, vous briserez vos fers

Et vous aurez une Patrie !

 

Dans son discours de Rouen du 15 janvier dernier, la candidate du Front-National nous dit : « Je redonnerai une identité nationale sûre d’elle-même, qui ne se cache pas, qui n’a pas honte. Notre drapeau national sera partout sur les édifices publics, en permanence. Le drapeau de l’Union européenne n’y aura plus sa place. ».

Et à la ligne d'après, nous avons droit à un à un message appelant à la fierté pour notre hymne national. Madame Le Pen n'est pas très encline à détailler le contenu de la Marseillaise ; même si elle ne connaît pas les paroles, elle est tout à fait consciente de la teneur des mots et des messages que l'on y trouve. Revendiquer qu'une seule partie de notre hymne constitue une dissimulation de sa signification réelle. Malheureusement, le Front-National se contente bien d'un chant susceptible d'être associé à son interprétation du symbole qu'est Jeanne d'Arc...

_______________

 

D'autres symboles et mythes de notre pays pourraient être analysés, mais les trois éléments que nous venons d'évoquer suffisent à percevoir l'étendue du problème rencontré. Lors de cette campagne présidentielle, la droite va – comme en 2007 – jouer sur la peur pour attirer l’électorat vers elle, et ce, en se servant des éléments forgeant la sacro-sainte identité nationale. Là encore, l'entretien de la méconnaissance populaire est la clé qui ouvre la porte à tous les extrémismes indignes de notre République. La gauche, dans sa pleine diversité, ne peut pas accepter de voir les français entrer dans un jeu qui n'a rien de républicain. Les valeurs méconnues de la France (Mais également celles de l'Europe qui n'ont pas été évoquées ici) ne doivent plus être piétinées impunément au profit d'un bernement du peuple souverain.

 

Par William Chevillon - Publié dans : l'actualité dans mon champ de vision - Communauté : Libre pensée politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Via le flash-code

Blog-de-William-Chevillon-QR-code.png

Rechercher sur le blog

Sur les réseaux sociaux

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés